« On parle beaucoup d'amour, on le cherche, on l'attend, on le désire, on le fuit. On espère pouvoir dire un jour “je t'aime” à celle ou celui dont on rêve, ou on le dit déjà à la compagne, au compagnon de sa vie. Mais sait-on ce que l'on dit quand on dit “je t'aime” ? Qui est ce “je” qui dit aimer ? Et de quel amour s'agit-il ?
« Nous parlons toujours de l'amour comme s'il s'agissait d'une entité unique que nous n'aurions pas à redéfinir. Comme si, une fois dit “je t'aime”, tout était dit. Comme si nous avions besoin d'amour, sans avoir à préciser lequel. M'aime t-elle ? M'aime t-il ? Quels sont les critères qui nous permettent de penser que nous sommes ou non aimés ? Et quels sont ceux qui nous autorisent à croire nous-mêmes que nous aimons ? Que mettons-nous dans ce mot “aimer” ?
« N' y a-il pas autant de façons d'aimer que d'être humains ? Et nous-mêmes n'aurions-nous qu'une seule façon d'aimer ? Ceux que je suis amenée à entendre hommes et femmes, parlent-ils de la même chose quand ils prononcent le mot “amour” ? Leur quête, la plupart du temps insatisfaite, relève-t-elle du même désir ? Et savons-nous quel est notre désir ?
« Nous disons “j'aime” ou “je n'aime pas”, mais nous ne savons guère qui est ce “je” qui aime, “comment” il aime et “qui” il aime. Ce “je” qui nous fait sujet de nos choix et de nos préférences - sans un “je” que vaudrait un “je t'aime” ? Mais chacun sait combien ce “je” avant d'être adulte, c'est-à-dire libre, libéré de ses entraves, doit accomplir une longue route. Celle du retour vers soi.